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Michel Ancel, Des jeux plein les yeux

Créateur de Rayman et des Lapins Crétins, le Montpelliérain Michel Ancel est le plus célèbre créateur de jeux vidéo français.

Il admire Shigeru Miyamoto, le père de Super Mario. Mais, au fond, n’est-il pas lui-même une des figures emblématiques du jeu vidéo ? Regard bleu profond et tempes grisonnantes, Michel Ancel, 46 ans, est lui aussi à la tête d’une tribu de héros turbulents.

Papa de Rayman et des Lapins crétins, le concepteur de jeu d’Ubisoft est un créateur prolifique. Au point d’être capable de se dédoubler pour mener deux projets en même temps : le préquel de Beyond Good and Evil 2, BGE2, pour le compte d’Ubisoft, et Wild, un jeu préhistorique développé par sa propre société, Wild Sheep Studio à Montpellier, pour le compte de Sony.

Né à Monaco, ce fils de militaire est tombé très tôt dans la marmite du jeu vidéo : dès ses années de lycée. Tout débute par une petite annonce publiée dans un journal. Un programmeur montpelliérain, Nicolas Choukroun, auteur d’un premier jeu édité par Lankhor, est en quête d’un graphiste pour le nouveau projet qu’il a en tête, Mechanic Warriors. Bien qu’âgé de 16 ans, Michel Ancel y répond et sa candidature est retenue.

Une fois achevé, le prototype du jeu ne trouvera pas d’éditeur, mais il scelle une solide relation entre les deux jeunes hommes qui rempilent avec The Intruder, un jeu de shoot reprenant les bases du programme de Mechanic Warriors. Jeune société bretonne désireuse d’apparaître comme un éditeur à part entière de jeux vidéo, Ubisoft, le signe en 1989.

Michel Ancel rêve alors de ne plus être le sous-traitant d’un auteur. Il veut s’émanciper. La chance lui sourit. La revue Micro World, propriété d’Ubisoft, lance un concours. Les candidats doivent envoyer une animation informatique. Michel Ancel décide d’y participer en misant un travail qu’il avait déjà réalisé : un dessin animé d’anticipation, traitant des dégâts causés par les chlorofluorocarbones, les CFC, sur la couche d’ozone. Michel Ancel ne gagne pas, mais les frères Guillemot, fondateurs d’Ubisoft, le repèrent et demandent à le rencontrer (1).

« Comment ne pas être impressionné par ce jeune homme de 16 ans, sûr de lui et calme ? Il était très mature esthétiquement pour son âge. En cette période pleine d'énergie mais pauvre en inspiration, il créait des univers », racontera plus tard Yves Guillemot au quotidien national Libération. Ubisoft l’embauche et Michel Ancel quitte le lycée en première, pour se consacrer pleinement aux jeux vidéo.

Ubisoft a donc eu du flair. Il croyait en son talent au point de créer en 1995 un studio à Montpellier quand Michel Ancel décide de s’installer dans cette ville du sud de la France ! Dans la belle cité méditerranéenne, le concepteur de jeux vidéo, désormais reconnu, se retrouve à la tête d’une équipe de créatifs, en charge d’une mission : créer un nouveau jeu. Voilà comment est né Rayman, ce personnage sans bras ni cou ni jambes, dont les aventures cartonnent très vite. Toutes séries confondues, ses ventes dépassent aujourd’hui les 20 millions d’exemplaires, auxquelles s’ajoutent 30 millions de téléchargements sur téléphone mobile.

En fait, les jeux créés par Michel Ancel ne ressemblent à aucun autre. Le plus Montpelliérain des Monégasques est d’abord un conteur. Jamais de violence gratuite. Pour lui, le jeu vidéo doit être porteur d’un message. Avec sa forêt des songes, ses arbres ronfleurs et son bestiaire fantastique, Rayman symbolise ainsi l’univers de l’enfant en lutte contre ses peurs. Le premier opus de Beyond Good ans Evil (2003) amène le joueur à décrypter les mécanismes de la manipulation, en le plaçant dans la peau de Jade, une journaliste confrontée à une dictature militaire.

Michel Ancel aborde des préoccupations habituellement délaissées par l’industrie du jeu vidéo. À chaque fois, le design est soigné. L’éthique et l’esthétique. Même les musiques détonnent. Elles apportent profondeur et émotions. Michel Ancel y tient. « Il est lumineux. Avec lui, tu apprends à jeter. La gomme fait partie de tes instruments », commente le compositeur Christophe Héral, qui travaille avec lui depuis le début des années 2000.
 
Mais l’approche de Michel Ancel plaît bien au-delà de l’industrie du jeu vidéo. Séduit par Beyond Good and Evil, le cinéaste néo-zélandais Peter Jackson fait appel à lui pour transposer sur consoles son nouveau long métrage King Kong. Et reconnaissance ultime, Nintendo l’invite à créer un niveau supplémentaire à son jeu Super Mario Maker, dans le but de défier celui qu’il admire : Shigeru Miyamoto, le directeur créatif du géant mondial du jeux vidéo. Michel Ancel remplace Pac-Man par le petit plombier moustachu et parsème sa route de difficultés qui ne figuraient pas dans le plus célèbre jeu d’arcade de tous les temps.

La console en main, Shigeru Miyamoto s’amuse beaucoup, mais il échoue tout près du but… Bon perdant, le directeur créatif de Nintendo salue le travail du Montpelliérain : « Ce niveau est vraiment très bien fait. C’est un vrai professionnel. » La consécration.

(1) Michel Ancel : Biographie d’un créateur de jeux vidéo français, Pix’n Love Éditions, 2010